La lettre de François Marie

Jeudi 30 décembre 2010 4 30 /12 /Déc /2010 18:42

 

 

 

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 Mon cher ami,

 

Eh quoi ! Que vous arrive-t-il ? Il aura donc fallu que j’apprenne l’existence de l’épée de Damoclès suspendue au dessus des têtes chaponoises  par une gazette qui, pour être empreinte d’une rhétorique semblable à celle qui vous inspire habituellement, n’en diffère pas moins, en particulier par le sérieux de sa prose qui s’oppose à l’amusante légèreté de vos fourbes billets !

 

Vous avez beau affirmer à raison qu’en habile gazetier vous aviez dès l’été dernier, et à la mode transalpine, attiré l’attention de vos lecteurs sur le scandale qui se trame au centre de notre village, je n’avais point réalisé qu’un pareil péril nous menaçât à ce point.

 

Ainsi, à l’instar de notre bon Roy François qui, au faîte de sa gloire, n’hésita pas à défigurer la place de la Bastille en y édifiant face à l’aérien génie de la liberté un temple massif, sombre et imposant dédié aux manifestations de l’art lyrique, notre petit Prince de l’ouest lyonnais, non content d’avoir depuis déjà trois années pillé les hauts-de-chausses de nos concitoyens pour rémunérer des officines d’études diverses ou amies, s’apprête à renouveler ses larcins pour subvenir aux dépens du Grand-Œuvre de son règne. Un temple également, dédié à la jeunesse et à la culture me dites-vous, érigé au beau milieu de la place de l’église qui plus est ! Voilà qui risque fort de modifier profondément nos habitudes de vie et la tranquillité de notre cité. 

 

Nous voyons bien là la volonté de nos échevins de bouleverser les fondements de notre communauté en révolutionnant la quiétude de nos villageois. Fini le calme de notre cœur-village,  terminé le silence vespéral de la place ! Place aux concerts des apprentis musiciens, aux éclats de voix et à l’agitation naturelle des jeunes citoyens, place aussi au bruit et à la gène occasionnés par les charrois assurant les approvisionnements du Palais-Menard, autant qu’aux désordres provoqués par le parcage anarchique des coches, fiacres et phaétons des spectateurs de la salle de comédie insuffisamment servis en emplacements réservés.

 

Encore n’est-ce là que la plus visible et audible partie des funestes effets de ce projet démesuré. Il faudra en effet bien plus qu’une taille ou qu’une gabelle pour assurer le bon paiement des compagnons qui bâtiront l’édifice. Le prix de cinq millions d'unités de compte annoncé par notre magistrat relève à l’évidence de la bouffonnerie pour peu qu’on le rapporte à la surface envisagée ! L’ampleur du bâtiment n’a pas été réduite depuis le premier projet chiffré alors à neuf millions, croirez-vous ces balivernes ? Et l’on sait bien que ce genre de programme de dépense publique connaît traditionnellement surcoûts, glissements et dépassements qui conduisent le plus souvent à en augmenter le prix à tout le moins de moitié.

 

Que notre intendant des finances recoure à l’emprunt auprès des banquiers lombards, compromettant ainsi gravement l’avenir de nos enfants et petits enfants, ou qu’il nous mette directement à contribution, l’opération se traduira immanquablement par un alourdissement du fardeau financier qui pèse sur nos épaules depuis l’accession du prince aux ors de l’hôtel de ville.

 

Au surplus, vous soulignez à raison que d’autres lourdes dépenses sont engagées qui amplifieront encore ce phénomène ; ainsi en est-il du bassin des jeux aquatiques que vous qualifiâtes jadis de pataugeoire au coût disproportionné et d’autres projets encore.

 

Je me réjouis, mon cher ami, de vous rejoindre dans quelques jours pour ouïr avec vous les souhaits du prince lors de la traditionnelle cérémonie des vœux de nouvel an. Gageons qu’il ne manquera pas de justifier ses positions, au besoin avec la mauvaise foi dont il sait faire preuve dans la présentation chiffrée de ses folles utopies de bâtisseur.

 

D’ici là, mon cher Scapin, je demeure

 

Votre

 

François Marie

 

 

 

 

 


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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 18:12

 

Mon cher ami,

 

De toutes parts me parviennent d'alarmantes nouvelles quant à votre état d’âme et à votre pugnacité dans le combat que vous entamâtes il y a peu contre les échevins de notre village. D’aucuns me rapportent même que votre esprit se trouve contrarié au point de fomenter une sournoise mélancolie qui pourrait être imputée à l’absence de réactions de vos adversaires aux subtiles fourberies que vous avez, comme à votre habitude, l’audace de publier dans les colonnes de votre gazette.

 

Je vous en supplie, ne désarmez pas ! Je ne saurais que vous encourager et vous soutenir dans la poursuite des actions que vous menez depuis maintenant près de deux années. Le fait que vous ne rencontriez plus la moindre contestation  à l’encontre de vos publications de la part des suppôts de la gouvernance en place me semble constituer, bien au rebours de ce que vous semblez croire, le signe de la reddition de vos contempteurs  qui se trouvent désormais à court d’arguments pour vous apporter la contradiction. Je vous en conjure, ne désertez pas le combat que beaucoup, sans oser l’avouer et encore moins le proclamer, rêvent de mener à vos côtés.

 

Qu’importe que vous ne puissiez consulter depuis votre calculateur personnel les comptes-rendus des dernières séances du conseil des échevins, cela ne fait qu’établir que ces derniers d’une part craignent vos analyses de certaines aberrantes délibérations qu’ils avalisent, préférant ainsi les taire, et,  d’autre part et de surcroît, qu’ils n’en sont pas à un parjure près quant aux engagements de transparente information qu’ils prirent autrefois aux fins de réunir un maximum de suffrages pour accéder au pouvoir. Toutes ces promesses se sont envolées, sans doute emportées par les vents du monde.

 

A l’heure où la désignation des délégués aux états généraux de notre vieux continent a tourné à la pantalonnade tant pour les adeptes du conservatisme égalitaire et social que représente notre premier magistrat que pour les tenants du non-choix personnalisé par le petit élu béarnais aux oreilles de souris américaine, soutenu par Monsieur de la Pillardière qui doit s'en trouver fort marri, il convient que vous poursuiviez dans la voie que vous vous êtes tracée tantôt et dans laquelle vous brillez à bon escient.

 

L’on me dit notamment qu’un groupe d’opposants à l’équipe de nos actuels dirigeants serait en cours de formation et se serait réuni récemment pour la première fois avec pour objectif de proposer à nos concitoyens une alternative crédible lors des prochains choix qui seront soumis à leurs suffrages. Je vous engage vivement, mon cher ami, à vous intéresser à cet embryon de stratégie de reconquête et à me tenir informé de l’opinion que vous aurez de la qualité de cette initiative.

 

Comme vous le savez, la fin du printemps et le début de l’été me retiennent dans mon pays genevois, occupé que je suis par les travaux des champs. La fenaison touche à sa fin et cèdera tantôt la place aux moissons qui s’annoncent particulièrement favorables. Dès le grain et la paille rentrés, j’envisage de vous rendre visite afin de vous serrer contre mon cœur.

 

D'ici là, mon cher Scapin, je demeure

 

votre

 

François Marie.

 

 


 

 

 

 

 


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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 17:40




Mon cher ami,

 

L’accumulation récente des intempéries dans mon pays de Gex, vous savez comme en ces temps neigeux et froidureux les routes sont peu sûres, ne m’ont pas permis de vous joindre dans votre région lyonnaise pour ouïr avec vous les premiers souhaits de nouvel an de notre jeune Prince à l’issue d’un peu moins d’une année de règne. Aussi dois-je me contenter de deviner à travers vos propos l’atmosphère qui présidait hier-soir en la galerie des fêtes et imaginer les changements protocolaires que vous évoquez par rapport à l’ancien régime du vieil Henri.

 

Notre bon Prince Pierre accueillait paraît-il ses hôtes sur le pas de l’huis serrant avec chaleur la main de qui voulait bien lui tendre la sienne et échangeant avec tout un chacun quelques mots de bienvenue ainsi que les rituels vœux et une invitation à entrer dans la galerie pour assister à la cérémonie. Voilà qui change du protocole quelque peu empesé qui valait autrefois lorsque l’on attendait longtemps, telle celle d’une diva d’outre-Atlantique, l’arrivée sur la scène d’un Henri  cabotin trop soucieux de ménager ses effets théâtraux. Ce dernier se tenait d’ailleurs hier soir à l'entrée, penaud, un peu en retrait de son successeur, guettant et comptant les trop rares signes d’amitié que pouvaient lui manifester ses anciens administrés. «Vae victis » aurait dit Brennos au temps de l’aqueduc.

 

Dans la même veine, vous m’apprenez que le lutrin destiné à soutenir les aide-mémoires des orateurs avait été dressé à même le sol de la galerie et non, comme au temps de la splendeur du Roy Henri, sur l’estrade élevée au dessus de la foule des manants. Voilà qui traduit dans les faits la volonté du Prince, fidèle à ses principes égalitaristes, de se rapprocher du bon peuple et de lui manifester des signes d’une certaine proximité intellectuelle, fût-elle feinte.

 

Après que la marquise de Chevassus, tout imprégnée de son rôle de ministre de la propagande, eût adressé à l’assistance quelques paroles d’accueil et introduit l’intervention princière, Monseigneur lut, me dites-vous, plus qu’il ne prononça, un discours rédigé sur des feuillets que ses doigts manipulaient avec une évidente gaucherie. Il n’en est qu’à sa première année de règne et manque encore d’expérience. L’art oratoire est une rude école ; vous verrez bien que, l’an prochain, il parlera sans notes. Toujours est-il qu’il limita sensiblement son temps de parole et que vous échappâtes aux monotones et interminables litanies que nous assénait jadis l'ex, copiant ainsi les fâcheuses habitudes des dictateurs des îles Caraïbes.

 

Qu’importe sur le fonds que la harangue manquât de consistance au point que l’on insistât  presque plus sur l’échec cuisant de l’emblématique projet d’amélioration du transport des voyageurs que sur les réalisations concrètes mises en œuvre, il est vrai qu’elles sont, à ce jour, peu nombreuses. L’on broda allègrement autour des nouvelles notions abstraites très en vogue dans les cercles de pouvoir : développement durable, haute qualité environnementale et autre agenda vingt et un ; cela ne représente concrètement que peu de chose à l’oreille du vulgum pecus mais c'est à la mode et cela plait. On souligna en outre que l’on s’attachait à soulager le fardeau fiscal de nos concitoyens en élevant le plus possible les abattements pour les plus démunis, omettant de rappeler que parallèlement l’on augmentait les taux d’imposition de vingt-trois à quarante pour cent selon la nature du prélèvement. On affirma au surplus, se référant avec une particulière audace à l’exemple de notre bon Roy Nicolas, que, par ces temps de disette, il convenait d’accroître encore les dépenses d’investissement de notre communauté, ce qui laisse augurer pour l’avenir de nouvelles hausses de la taille et de la gabelle puisées dans nos hauts-de-chausses et de nouveaux endettements à transmettre en héritage à notre descendance.

 

Un témoin de l’évènement, féru de cette nouvelle science que nos médecins de l’esprit nomment programmation neuro-linguistique, eût assurément pu tirer de riches enseignements d’une observation attentive du comportement de nos élus durant la prestation du Prince : A droite du lutrin et légèrement en retrait de l’orateur, les membres du premier cercle, celui des intégristes doctrinaires de l’utopie égalitaire, serrés autour de la Marquise de Chevassus et du Chevalier Martel ; disséminés dans la galerie mais attentifs, les autres membres du cabinet du Prince, la Comtesse de Vuillermet-Cortot et le Chevalier Géron, le Comte du Pillard se faisant quant à lui plus discret. Plus surprenant furent les attitudes de Monsieur le Surintendant des Finances qui traina douloureusement sa mine de chevalier à la triste figure autour de l’assemblée durant l’exercice rhétorique de son maître ou du Hobereau Kohlhaas qui passait de l’un à l’autre, souriant et devisant avec chacun sans égard pour les propos princiers.

 

Les opposants au Prince se tenaient quant à eux, comme il se doit, aux ultimes rangs de la foule, manifestant ainsi leur réserve quant aux orientations princières. Vous m’apprenez au surplus que Monsieur le Cardinal du Gilbertin, dont l'absence fut très remarquée, a présenté sa démission du conseil du Prince, voilà qui ne manque pas de me surprendre, moi qui comptais sur son énergie et son entregent pour organiser, voire conduire, une politique de reconquête, vierge qu’il était de toute compromission avec le vieil Henri et sa clique. Peut être m’en apprendrez-vous plus à ce sujet dans une prochaine missive ?

 

En attendant de vous lire bientôt, je demeure, mon cher Scapin,

 

votre

 

François Marie.


 

PS: Je vous renouvelle mes félicitations pour avoir de nouveau attiré sur vous l'attention de la presse locale. Je partage l'avis de la rédactrice de cette gazette, il serait souhaitable que de nouveaux polémistes de votre talent, quelle que soit leur opinion, apparaisssent sur la toile de l'Ouest lyonnais.






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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 20:08



Mon cher ami,

 

Si je m’en tiens à la lecture que je fais des billets que vous publiez dans votre gazette, je constate que les premiers frimas de l’hiver qui approche sont bénéfiques à votre création littéraire. Je vois même que vos talents avérés de polémiste satirique ne sont pas exclusifs de votre part  d’un fourmillement d’idées pouvant le cas échéant constituer une force de propositions constructives pour l’avenir.

 

Vous dressez ainsi le portrait du champion qui, à votre idée, devrait reprendre le flambeau de la contradiction aux dirigeants de notre communauté et engager le fer avec eux lors de la prochaine élection des échevins. Il est vrai qu’il convient d’utiliser le délai dont nous disposons jusque là pour susciter les vocations auprès d’une génération de brillants éléments prêts à relever le défi.

 

Malgré mon éloignement, je suis toujours citoyen de cœur de votre communauté et je partage avec vous le souci d’en assurer l’avenir en favorisant autant que faire se peut son développement dans d’harmonieuses conditions qui permettront à tout un chacun de s’y trouver à l’aise et heureux de vivre comme je m’efforce moi-même de le faire dans mon domaine du pays de Gex. A cet égard je soutiens bien entendu, nous en avions déjà parlé, votre opinion quant au sort à réserver à la vieille et peu plaisante bâtisse qui occupe inutilement, au centre du village, une importante superficie qui pourrait avantageusement être consacrée aux priorités de son développement économique et démographique. Une reconstruction réussie permettrait ainsi d’accueillir de nouveaux habitants et d’abriter des espaces marchands propres à servir la population en maints domaines qui lui font aujourd’hui défaut.

 

Bien évidemment, il conviendrait de veiller à ne pas créer, à l’occasion de cette opération de bâtisseur comme de celles qui, à n’en pas douter, lui succéderont ailleurs, de quartiers regroupant à l’excès les couches de population les plus défavorisées, au risque de créer un phénomène opposé au « creuset » qu’ont si bien su favoriser nos cousins des Amériques et de laisser libre cours au climat d’insécurité que nous connaissons bien alentour des grandes concentrations urbaines.

 

Je regrette aussi avec vous que nos concitoyens se soient laissés berner, comme c’est souvent le cas dans les consultations populaires, par les promesses électorales démagogiques de notre nouveau magistrat en matière d’organisation des tournées de malles-poste en direction de la station de chemin de fer. La connaissance des arcanes administratives et réglementaires des activités de transport de voyageurs aurait assurément dû attirer l’attention des électeurs avertis que nous sommes et nous convaincre du caractère vain, et par conséquent gratuit, des engagements souscrits. Nous devons, j’imagine, à l’intensité de votre déception aussi bien qu’à l’impétuosité de votre caractère l’usage d’un vocabulaire dont la trivialité n'a d'égale que la goguenardise dans l’interpellation de nos édiles à ce propos.

 

Je demeure, mon cher ami, votre fidèle lecteur et,

 

du fond de mon exil, je reste

 

votre

 

François Marie.




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Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /Juil /2008 19:06

Mon cher ami,


 

 

Voilà donc quatre mois que nos nouveaux élus connurent la divine surprise d’accéder au gouvernement de notre village. Si j’en crois ma lecture assidue des trop peu fréquents billets que vous publiez dans votre gazette, il n’advint pas au cours de cette période d’évènement extraordinaire qui méritât que vous multipliiez moult pamphlets et acides commentaires dont vous avez le secret.




A vrai dire, vous me rapportez qu’il ne se passe rien en Chaponois. A l’exception des mensuelles gesticulations de nos échevins sur la place du marché, il semble que la léthargie que vous avez tantôt redoutée se soit à nouveau emparée de notre communauté. Il est vrai que les touffeurs de juillet et les migrations annuelles vers des villégiatures estivales ne sont pas propices au travail, fût-il municipal.




J’observe toutefois que, comme l’on pouvait s’y attendre, Il ne fut pas longtemps avant que l’on commençât à dilapider les deniers des villageois dans la réalisation d’une étude analytique des comptes de la cité et le recrutement d’un grand chambellan dont la mission sera d’assurer la notoriété et la gloire de notre nouveau magistrat. Il est vrai que nos édiles décidèrent par la même occasion d’augmenter la taille et la gabelle que devront supporter nos concitoyens à partir de l’an prochain.




Plus surprenant venant d’élus issus de l’idéologie égalitariste, vous m’apprenez que ceux-ci auraient importé sans scrupule de chez nos cousins des Amériques, dont ils ne sont naturellement pas d’inconditionnels admirateurs, le système des dépouilles pratiqué là bas lors de chaque changement d’administration. De bons et loyaux serviteurs de notre commune, jusqu’à la régente des services, en firent les frais dont le seul péché fut d’avoir servi le vieil Henri et sa clique.




Pour l’heure, il ne semble pas que le nouveau gouvernement local ait largement engagé la réalisation concrète de ses promesses de campagne, ou du moins n’en voyons nous pas encore la réelle manifestation. Il faudra sans doute attendre l’automne pour en juger plus avant. Il me souvient cependant que le mentor des tenants de l’utopie profita il y a maintenant plus de vingt cinq années de la période qui suivit immédiatement son accession au pouvoir suprême, qu’il qualifia lui même d’ « état de grâce », pour jeter les bases de ses grandes réformes. Que voulez vous, n’est pas François qui veut.




Vous allez bientôt délaisser quelques temps votre rédaction pour un périple estival. Reposez vous bien et revenez nous animé d’une égale énergie pour nous tenir informés du quotidien de notre village.




D’ici là, je reste




Votre




François Marie.

 



 



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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 19:25



Mon cher ami,
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Le cocher de la malle-poste de Lyon m’a remis ce matin en même temps que votre missive le premier billet de la nouvelle gazette dont vous entendez assurer la rédaction pendant quelques mois. Je vois que la défaite de votre champion n’a en rien entamé l’état de votre moral ni la force de vos convictions.

 
 
 

Il est vrai que j’estimai l’autre soir à sa juste valeur votre capacité à réagir devant l’adversité lorsque vous me conviâtes, dans la foulée du verdict des urnes, à assister avec vous à cette partie de balle au pied dont vous assuriez que l’issue était autrement plus grave et importante que les petites affaires politiques de notre village. Les héros de la soirée ne furent pour vous ni le malheureux Jacques ni le bien heureux Pierre mais bien plutôt les athlètes que vous nommiez Mathieu, Karim et Kader qui infligèrent au nom de notre bonne ville de Lyon une sévère punition aux représentants de la Gironde.

 
 
 

Cet évènement nous empêcha au demeurant d’assister en la maison commune au spectacle étonnant du vieil Henri se réjouissant ouvertement, nous dit-on, du succès de son opposant non sans avoir la veille dans une gazette locale apporté, en forme de coup de pied de l’âne, un soutien « par défaut » à son ancien compagnon.

 
 
 

On murmurerait selon vos informations que nos nouveaux gouvernants, conscients de leur noviciat, recherchent conseils et informations auprès de certains de leurs prédécesseurs ? Rien d’étonnant à cela ; Vous verrez une fois de plus, vous qui êtes encore jeune, que la nature humaine est versatile jusqu’à en être parfois désespérante et que la fréquentation des cercles du pouvoir est pour certains personnages issus du marais enivrante au point de justifier les pires reniements.

 
 
 

Pour l’heure, tout se fait en coulisses, me dites-vous, et vous souffrez d’un cruel manque de connaissance des évènements. Soyez patient, le temps viendra assurément où nos gouvernants engageront sur la place publique leur nouvelle politique. Vous pourrez alors tout à loisir rédiger et publier vos subtils billets dont je me repaitrai avec plaisir au fond de mon exil.

 
 
 
Dans cette attente, je demeure
 
 
 
Votre.
 
 
 
François Marie



 
 

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Dimanche 2 mars 2008 7 02 /03 /Mars /2008 17:25


Mon cher ami,
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Vous me rapportez que la place du marché avait ce matin de faux airs des congrès que savent organiser nos cousins d’outre Atlantique lorsqu’au sein des conventions de leurs formations partisanes ils désignent dans une atmosphère festive le champion qui défendra leurs couleurs dans l’ultime débat pour l’accession au bâtiment blanc du 1600 de l’avenue de Pennsylvanie. Rien ne manquait paraît-il dans l’organisation de votre cher Jacques, ni le gu
ichet bariolé, ni les baudruches multicolores, ni les friandises généreusement et gracieusement distribuées à qui voulait. Le libertin que je suis ne regrettera que l’absence des jeunes filles à pompons qui égayent souvent, aux Amériques, ce genre de manifestation. L’esprit de convivialité était en outre encore avivé par les joyeux drilles de la corporation des chasseurs qui animaient comme chaque année leur traditionnelle fête du sang de cochon.

Vous avez, me dites-vous, échangé quelques mots avec le candidat de l’utopie et qualifié sa poignée de main de franche et amicale. Il est fort regrettable qu’un homme de sa qualité ne semble pas désireux de s’affranchir des chaînes de l’idéologie égalitariste qui le dessert dans l’esprit de nombre de nos concitoyens appelés à garnir les urnes dimanche prochain.

Vous avez également croisé vos propos avec ceux de votre cher Jacques et des membres de la confrérie qu’il a réunie autour de lui, en particulier du cardinal du Gilbertin qui l’entourera de ses avisés conseils et de l’argentier auvergnat dont l’atavique origine sera, acceptons-en l’augure, le gage d’une sage et rigoureuse gestion de nos deniers. Je vois bien que ces conversations ont achevé de modeler dans votre esprit l’opinion que vous exprimerez bientôt dans l’isoloir.

A la parfin, vous m’avez convaincu. Le temps de clore mes bagues et réunir mon équipage, je délaisserai tantôt mon pays genevois pour joindre notre cher village et y exprimer le même choix que vous pour la prochaine mandature des échevins.

Dans l’attente de la joie de vous serrer contre mon cœur, je demeure pour toujours, mon cher ami,

 
 
Votre.
  
François Marie
   

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Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /Fév /2008 19:23

Mon cher ami,

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Que me contez-vous là ? Sortant de la surprenante réserve dans laquelle il se claquemurait depuis le coup d’envoi du concours des échevins, Henri se serait enfin prononcé en faveur de l’un des prétendants à sa succession ?

 
 
 

Il est vrai, comme vous le soulignez à raison, qu’une présence manifestée lors d’une harangue publique n’équivaut pas à une proclamation urbi et orbi, mais tout de même ! Vous me confirmez de surcroît que le même Henri brilla par son absence aux ripailles organisées tantôt par le tenant de l’utopie qui lui manifesta naguère une opposition régulière aux projets qu’il entendait réaliser. Ceci ajouté à cela me semble clarifier l’eau de roche.

 
 
 
Je vous charge donc, mon cher Scapin, de transmettre à notre désormais futur ancien magistrat ma gratitude pour son attitude synonyme de fidélité à un collaborateur qui, pour ne pas avoir toujours fait preuve du respect le plus admirable à son égard, n’en incarne  pas moins une certaine continuité dans les valeurs qu’il défendait.

 

 
Votre,
 

François Marie


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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 00:38

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Ainsi vous avez tombé le masque ! Ce souci de transparence vous honore, mais ne croyez vous pas, ce faisant, être tombé dans une embuscade que vous a habilement tendue le prétendant de l’opposition au siège de ce bon Henri ? Je le crains pour vous mais je vous sais obstiné et suffisamment solide pour affronter les critiques personnalisées que ne manqueront pas de vous adresser désormais les adversaires de tous bords que vos fourberies, pour courtoises qu’elles soient, auront blessés dans leur amour propre.

 

Certains de vos lecteurs regrettent votre anonymat passé, d’autres vous félicitent de votre aggiornamento. Poursuivez je vous prie, mon cher Scapin, la trace de votre sillon sans vous soucier outre mesure des réactions que vous pourrez soulever. La composition des potentiels gouvernements locaux sera bientôt rendue publique ainsi, cela va de soi, que les engagements de chacun des deux prétendants. Vous contribuerez ainsi à l’alimentation des débats qu’ils ne sauraient esquiver.

 

Permettez moi cependant, mon cher ami, de suggérer à vos lecteurs de ne pas suivre votre exemple et de conserver à leurs contributions la discrétion que leur procure l’usage de pseudonymes. Ils conserveront ainsi la liberté de penser si chère à notre tradition respectueuse des droits individuels. En tout état de cause, c’est le seize mars prochain et dans le fond des urnes qu’éclatera la vérité.

 
Votre,
 

François Marie


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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /Jan /2008 09:07

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On me rapporte qu’Henri ne brilla pas hier soir par son talent oratoire lors de la traditionnelle cérémonie protocolaire des échevins. Que voulez vous, n’est pas Démosthène qui veut et il paraît en outre qu’il ne fut pas servi par la technique, trahi par un microphone capricieux. En revanche, vous auriez échappé à son habituel discours fleuve de dictateur des Caraïbes, vous ignorez l’épreuve que vous avez évitée, je vous envie.

 

On me dit aussi que, sans que vous ayez été nommé le moins du monde, les orateurs firent plusieurs aigres allusions au contenu de vos fourbes billets et que les regards échangés dans la salle en ces occasions trahissaient la petite notoriété dont vous semblez désormais jouir au sein de notre village. Je vous félicite donc, mon cher Scapin, du succès de la propagation de votre prose, elle alimente des débats que nos candidats édiles devront aborder.

 

Sur le fond, j’apprends qu’Henri, confirmant, tout le monde le savait, qu’il ne solliciterait pas à nouveau le suffrage des chaponois, refusa de se prononcer en faveur de l’un ou l’autre des deux candidats à sa succession. Rappelons que le premier est l’un de ses adjoints au conseil, le second le chef de file de son opposition au sein du même conseil. Bel exemple de fidélité et de reconnaissance ! A moins qu’il ne s’agisse de sa naturelle propension à s’abstenir ?

 

Peu après avoir confirmé que les conclusions du recensement allaient prochainement établir, au mieux, une stagnation de notre population, et prenant à témoin un très ancien Directeur Général des Services, Henri souligna paraît il, non sans une outrecuidante fierté, la performance de sa politique de recrutement : L’effectif municipal a, sous son administration, très sensiblement augmenté pour atteindre aujourd’hui quatre-vingts « Equivalents Temps Plein », cette nouvelle notion qui permet à nos économistes de celer un effectif réel très supérieur en nombre d’individus. Vous m’en voyez tout ébaubi ! D’autant que ce constat permit bien sûr à l’orateur de justifier la nécessité d’engager de lourdes dépenses improductives dans l’agrandissement de la maison commune que vous condamnâtes tantôt. Qu’il est regrettable que les politiques aient de tous temps mesuré l’étendue de leur pouvoir à l’aune de l’importance numérique de leur administration et financière de leur budget !

 

Henri confirma également avec entêtement son intention de voir créé le grand espace marchand que vous avez il y a peu combattu pour la protection de nos petits commerces ; De la maison Berthelot en revanche et de votre pataugeoire il ne fût pas question. Pas un mot non plus de l’hypothétique voie de contournement, pourtant chaque jour plus indispensable que la veille. Mais il est vrai que la définition d’un programme ne lui appartient plus, seule lui demeurera la responsabilité d’un lourd passé.

 

Je me maintiendrai, mon cher ami, informé des évènements et ne manquerai pas de vous adresser mes commentaires, si ceux-ci peuvent vous agréer.

 

Votre.

 

François Marie


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