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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 14:44

 

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Mon cher ami,

 

Les derniers frimas de ce damné hiver ne cessent de prolonger leurs effets, ankylosent mes vieux os et m’empêchent de fréter un équipage pour vous rendre en votre cher village de l’ouest lyonnais la courtoise visite qu’onques vous me fîtes au temps de Noël. Croyez bien toutefois que mon amitié vous demeure entièrement acquise et que je vous conserve dans mon cœur un emplacement de choix.

 

Vous m’apprenez que le triste sire que nos concitoyens portèrent jadis au gouvernement de la cité a donné le coup d’envoi du grand chantier qui assurera, n’en doutons pas, sa notoriété pour le siècle à venir. Sera-ce en bien, sera-ce en mal ? Nul aujourd’hui ne le peut savoir. Avant que d’entamer l’édification sur la place centrale du monument dédié à sa gloire et qui abritera aux grands frais des habitants, outre des salles communes de lecture, un grand théâtre destiné à l’animation du centre bourg, notre prince, me dites-vous, livra à titre préparatoire aux démolisseurs avec une particulière célérité la charmante maison qui bordait jadis la place, expulsant ainsi une marchande appréciée de tous les villageois et contraignant son apprentie à la recherche d’un nouvel emploi en une période si peu propice à ce type de démarche.

 

Cette précipitation, assurez-vous, était due aux nouvelles manifestations d’une grogne populaire grandissante qui, à l’appel de plusieurs corporations de villageois, conduisit à l’organisation, il y a un peu plus d’un mois, d’un défilé de protestation d’une ampleur sans précédent dans les rues de la cité. Il fallait donc rendre les choses irréversibles avant que les manants ne se déchaînent. Quel événement ! Jamais l’on ne m’avait encore rapporté une telle explosion de désaveu dans une cité aussi calme que la nôtre ! Considérez-donc : plus d’un habitant sur dix clamant une ferme opposition à la gouvernance  en place !

 

Cela fut, paraît-il, l’occasion de voir paraître de nouvelles figures parmi les meneurs de ce mouvement populaire. L’on vit même un personnage jusqu’alors fort discret prendre la parole et la monopoliser à l’issue du défilé, instrumentalisant à son profit et à celui de ses disciples le travail accompli par d’autres et le succès incontesté de ce rassemblement. L’orateur dispose, dit-on, d’une longue expérience de la chose publique acquise, à la sortie de l’école des grands commis de l’Etat, auprès des plus grands  princes de la capitale du royaume  qui lui permirent au demeurant de garnir considérablement un répertoire d’adresses utiles à toute sollicitation d’intervention. Il use et abuse ainsi de l’aura - réelle ou supposée - qu’il se donne, imposant son discours et anesthésiant de son verbe les esprits humbles et peu habitués à côtoyer  les puissants ou supposés tels, et par là même prompts à se laisser séduire et mener vers des voies stériles. Vous devez, mon cher Scapin, prendre garde et attirer l’attention de ceux de votre entourage qui ambitionnent de proposer l’an prochain une alternative au pouvoir du maître de céans. Qu’ils ne tombent pas sous l’influence d’un tel personnage. La conquête de l’hôtel de ville ne se fera pas par de beaux discours dont l’unique objet est, semble-t-il, de bouter hors nos édiles. Elle ne s’opérera que par un travail de fond d’élaboration d’un programme concret et crédible, présenté avec conviction à nos concitoyens par un meneur reconnu et des disciples motivés. Et ce n’est pas l’entregent d’un beau-parleur l’autorisant à appeler le Prévôt, le Bailli ou le Sénéchal qui emportera la conviction des électeurs.

 

Le temps est court qui nous sépare de la fin de l’été où il faudra partir en pré-campagne. Ne vous fourvoyez pas dans des chemins de traverse qui pourraient vous égarer. Poursuivez votre sillon et  dites à vos amis d’en faire autant. Ainsi vous gagnerez.

 

Saurez-vous écouter les conseils d’un vieillard perclus de rhumatismes mais qui dispose d’une certaine expérience de la vie au contact du pouvoir ?

 

Dans cet espoir, mon cher Scapin, je vous serre dans mes bras et demeure

 

votre

 

François Marie

 

 


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commentaires

epslion 12/05/2013 18:06


Cher Scapin,


Tout celà est bien vu (et comme d'habitude bien dit).


 Méfions nous des bons candidats, bons orateurs mais bien piètres gestionnaires
...                                                                                 
Actuellement les Français en souffrent ...et à une autre échelle, les Chaponois ( qui ont ainsi une double peine ) 


Comme disait l'autre c'est le danger de la démocratie: le pire des systèmes ... à l'exception de tous les autres . Electeurs chaponois vous aurez été prévenus !  

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