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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 18:00

 

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Mon cher ami,

 

On me rapporte que mon cher pays de Gex, si proche de l'helvétie voisine, fut à l'honneur hier soir en préambule aux agapes qu'offrit comme chaque année à pareille époque notre premier magistrat au bon peuple de notre village pour la présentation de ses vœux de nouvel-an.

  

Ainsi, monsieur Menard aurait-il entretenu dans la cité de Calvin un cousinage proche dont l'un des membres lui eût tantôt fait tenir une missive qui relatait un récent déplacement dans l'ouest lyonnais  et dont il fut donné lecture à l'assistance nombreuse réunie dans la grande galerie des festivités de l'hôtel de ville ? L'auteur y aurait amèrement regretté, a-t-il été dit, de n'avoir pu visiter son cher parent qui, à la tête d'une délégation largement garnie de nos concitoyens, sans doute mise au moins pour partie à la charge des subsides provenant de la taille et de la gabelle puisées dans nos hauts-de-chausse, s'en était allé explorer de lointaines contrées de l'Afrique équatoriale où vivent des indigènes dont le sort quotidien importe à notre édile beaucoup plus que celui de la population des contreforts des monts du Lyonnais. Au demeurant, cette passion personnelle pour les terres de mission historiques des pères blancs des Cartières ne date pas d'hier et l'on nous en rebat les yeux et les oreilles depuis bientôt six années à grands renforts de marchés exotiques et autres vents du monde fort consommateurs de subventions publiques.

 

Las ! L'orateur reconnut lui même que l’épître était apocryphe et qu'il s'était autorisé, citant votre exemple, votre nom et votre sobriquet, à vous emprunter, à vous son plus fieffé contradicteur, un procédé littéraire satirique que vous manipulez depuis fort longtemps avec art, subtilité et finesse. Le discours n'était donc qu'un subterfuge permettant au tribun d'assurer un temps de parole décent tout en ne disant rien mais en laissant entendre qu'il aurait pu dire beaucoup si le règlement contraignant de la prochaine consultation électorale n'exigeait des candidats sortants qu'ils s'abstiennent de par trop fanfaronner dans ce type de circonstance sur leur bilan ou leur programme.

 

N'eut été cet aveu qui, sage précaution, dédouane son auteur d'une infamante accusation délictueuse de plagiat, nous aurions presque pu  croire à l'existence de ce cousin genevois tant nous sommes habitués à découvrir les liens que nouent fréquemment outre Léman ses amis partisans de la rose et du poing, et non des moindres, avec nos voisins helvétes surtout lorsque ceux-ci sont chargés d’abriter discrètement dans les coffres secrets de leurs établissements de change le contenu souvent inavouable de bagues emplies de liasses d'assignats qu'ils souhaitent soustraire à la vigilante attention des intendants des finances du royaume. Au retour de leurs suspectes équipées  ils protestent le cas échéant effrontément, "les yeux dans les yeux", de ce qu'ils sont blancs comme les neiges du Saint Gothard et se drapent dans les oripeaux de l’innocence outragée dès lors que l’on jette le moindre discrédit sur la véracité de leurs affirmations.

 

Nous retiendrons donc, si vous le voulez bien, que pour les derniers vœux qu’il aura adressés à la population, notre magistrat ne dévoila rien qui justifiât qu'on le transmît à la postérité, si ce n'est qu'il salua votre talent à sa juste mesure en délivrant ce qui ne fut toutefois, aux dires de nombre de participants, qu'une pâle imitation de vos fourbes publications.

 

À l'heure de conclure ce billet, Il me vient une pensée aussi invraisemblable que terrifiante ; S'il advenait par malheur dans deux mois et demi que les urnes, ce qu'à Dieu ne plaise, reconduisent le candidat sortant pour un second mandat, il se pourrait fort bien, tant celui-ci semble vous apprécier au point de vous singer, même maladroitement, et tant il vous fit honneur et compliments devant la foule rassemblée, que vous soyez l'an prochain le récipiendaire tout désigné de la médaille de la ville qui, pour la première fois, serait attribuée à un lauréat qui ne serait pas estampillé au sceau de la gauche orthodoxe si chère à notre premier édile.

 

Je me languis déjà des nouvelles que vous ne manquerez pas de m’apporter prochainement par le truchement de votre gazette sur les développements du duel à fleurets à peine mouchetés qui oppose un élu qui fait désormais figure de « a été », comme disent si bien nos voisins d’outre Manche à ce jeune prétendant surgi d’on ne sait où mais qui entreprit avec courage et succès de fédérer les nombreuses opinions contraires aux actions de son adversaire qui, sans sa force de conviction et sa ferme volonté de rassemblement, auraient pu partir au combat dans un ordre dispersé voué à une inéluctable défaite.

 

D’ici là, mon cher Scapin, je vous serre dans mes bras et demeure sincèrement

 

Votre

 

François Marie

 


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commentaires

Jacques Fourier 16/01/2014 23:22


Le spectacle du candidat-récipiendaire décoré par le Maire sorti-rééntré serait un grand spectacle ! Faisons tout pour voir ça  : Vivement l'an prochain !!!

Baïka 12/01/2014 22:42


Du Grand Scapin, comme on l'aime.


Plus que 70 jours !!!!!

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