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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 16:40




Mon cher ami,

 

L’accumulation récente des intempéries dans mon pays de Gex, vous savez comme en ces temps neigeux et froidureux les routes sont peu sûres, ne m’ont pas permis de vous joindre dans votre région lyonnaise pour ouïr avec vous les premiers souhaits de nouvel an de notre jeune Prince à l’issue d’un peu moins d’une année de règne. Aussi dois-je me contenter de deviner à travers vos propos l’atmosphère qui présidait hier-soir en la galerie des fêtes et imaginer les changements protocolaires que vous évoquez par rapport à l’ancien régime du vieil Henri.

 

Notre bon Prince Pierre accueillait paraît-il ses hôtes sur le pas de l’huis serrant avec chaleur la main de qui voulait bien lui tendre la sienne et échangeant avec tout un chacun quelques mots de bienvenue ainsi que les rituels vœux et une invitation à entrer dans la galerie pour assister à la cérémonie. Voilà qui change du protocole quelque peu empesé qui valait autrefois lorsque l’on attendait longtemps, telle celle d’une diva d’outre-Atlantique, l’arrivée sur la scène d’un Henri  cabotin trop soucieux de ménager ses effets théâtraux. Ce dernier se tenait d’ailleurs hier soir à l'entrée, penaud, un peu en retrait de son successeur, guettant et comptant les trop rares signes d’amitié que pouvaient lui manifester ses anciens administrés. «Vae victis » aurait dit Brennos au temps de l’aqueduc.

 

Dans la même veine, vous m’apprenez que le lutrin destiné à soutenir les aide-mémoires des orateurs avait été dressé à même le sol de la galerie et non, comme au temps de la splendeur du Roy Henri, sur l’estrade élevée au dessus de la foule des manants. Voilà qui traduit dans les faits la volonté du Prince, fidèle à ses principes égalitaristes, de se rapprocher du bon peuple et de lui manifester des signes d’une certaine proximité intellectuelle, fût-elle feinte.

 

Après que la marquise de Chevassus, tout imprégnée de son rôle de ministre de la propagande, eût adressé à l’assistance quelques paroles d’accueil et introduit l’intervention princière, Monseigneur lut, me dites-vous, plus qu’il ne prononça, un discours rédigé sur des feuillets que ses doigts manipulaient avec une évidente gaucherie. Il n’en est qu’à sa première année de règne et manque encore d’expérience. L’art oratoire est une rude école ; vous verrez bien que, l’an prochain, il parlera sans notes. Toujours est-il qu’il limita sensiblement son temps de parole et que vous échappâtes aux monotones et interminables litanies que nous assénait jadis l'ex, copiant ainsi les fâcheuses habitudes des dictateurs des îles Caraïbes.

 

Qu’importe sur le fonds que la harangue manquât de consistance au point que l’on insistât  presque plus sur l’échec cuisant de l’emblématique projet d’amélioration du transport des voyageurs que sur les réalisations concrètes mises en œuvre, il est vrai qu’elles sont, à ce jour, peu nombreuses. L’on broda allègrement autour des nouvelles notions abstraites très en vogue dans les cercles de pouvoir : développement durable, haute qualité environnementale et autre agenda vingt et un ; cela ne représente concrètement que peu de chose à l’oreille du vulgum pecus mais c'est à la mode et cela plait. On souligna en outre que l’on s’attachait à soulager le fardeau fiscal de nos concitoyens en élevant le plus possible les abattements pour les plus démunis, omettant de rappeler que parallèlement l’on augmentait les taux d’imposition de vingt-trois à quarante pour cent selon la nature du prélèvement. On affirma au surplus, se référant avec une particulière audace à l’exemple de notre bon Roy Nicolas, que, par ces temps de disette, il convenait d’accroître encore les dépenses d’investissement de notre communauté, ce qui laisse augurer pour l’avenir de nouvelles hausses de la taille et de la gabelle puisées dans nos hauts-de-chausses et de nouveaux endettements à transmettre en héritage à notre descendance.

 

Un témoin de l’évènement, féru de cette nouvelle science que nos médecins de l’esprit nomment programmation neuro-linguistique, eût assurément pu tirer de riches enseignements d’une observation attentive du comportement de nos élus durant la prestation du Prince : A droite du lutrin et légèrement en retrait de l’orateur, les membres du premier cercle, celui des intégristes doctrinaires de l’utopie égalitaire, serrés autour de la Marquise de Chevassus et du Chevalier Martel ; disséminés dans la galerie mais attentifs, les autres membres du cabinet du Prince, la Comtesse de Vuillermet-Cortot et le Chevalier Géron, le Comte du Pillard se faisant quant à lui plus discret. Plus surprenant furent les attitudes de Monsieur le Surintendant des Finances qui traina douloureusement sa mine de chevalier à la triste figure autour de l’assemblée durant l’exercice rhétorique de son maître ou du Hobereau Kohlhaas qui passait de l’un à l’autre, souriant et devisant avec chacun sans égard pour les propos princiers.

 

Les opposants au Prince se tenaient quant à eux, comme il se doit, aux ultimes rangs de la foule, manifestant ainsi leur réserve quant aux orientations princières. Vous m’apprenez au surplus que Monsieur le Cardinal du Gilbertin, dont l'absence fut très remarquée, a présenté sa démission du conseil du Prince, voilà qui ne manque pas de me surprendre, moi qui comptais sur son énergie et son entregent pour organiser, voire conduire, une politique de reconquête, vierge qu’il était de toute compromission avec le vieil Henri et sa clique. Peut être m’en apprendrez-vous plus à ce sujet dans une prochaine missive ?

 

En attendant de vous lire bientôt, je demeure, mon cher Scapin,

 

votre

 

François Marie.


 

PS: Je vous renouvelle mes félicitations pour avoir de nouveau attiré sur vous l'attention de la presse locale. Je partage l'avis de la rédactrice de cette gazette, il serait souhaitable que de nouveaux polémistes de votre talent, quelle que soit leur opinion, apparaisssent sur la toile de l'Ouest lyonnais.





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commentaires

Scapin 12/01/2009 21:41

De nos jours, beaucoup manquent d'esprit et de lettres et lorsque, s'adressant à moi, l'on cite le grand Molière, je ne peux que reconnaître en mon interlocuteur un personnage doté et de l'un et des autres.Je suis, monsieur, votre obligé serviteur.PS : Ainsi, ce n'était pas Parti Communiste Chaponois ? comme l'avait cru Athos

PCC Candide 12/01/2009 17:25

« Belle marquise… », bonne humeur et bonne année
 
 
 
 
Jean Marie,
 
 
Bravo pour ce brillant exercice de style qui est un signe de bonne santé et de bonheur « neuro-linguistique ». Tu es constant sur le fond : impôts et taux, pinpon, pinpon ; démocratie participative : des mots, des mots… Mais sur la forme, quel festival ! La malice de la périphrase comme tes allusions cultivées feront date et vivront bien au-delà de deux mandatures ; certaines sont dignes de la rubrique de la Cour au vieux canard du mercredi.
 
 
Quelle matière à développements cocasses et impertinents, dans ces jeux-là. Tu t’ouvres et nous ouvres des boulevards doux ou durs pour l’an qui vient et la suite. Prenons la Marquise de C. Le prosaïque que je suis se demande pourquoi elle « sortit à cinq heures » de la mairie et y revint à sept heures : pour le conseil municipal. Te risquerais-tu aux liaisons dangereuses, avec la marquise de M. et Monsieur de V. ? Ta bonne éducation et ton goût classique préfèreront l’habileté du maître de philosophie du Bourgeois (ou du Petit Bourgeois) Gentilhomme. Et quel séducteur tu feras, en lui mettant la puce à l’oreille :
 
On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. Ou bien : D'amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d'amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d'amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d'amour.
 
 
Te vois-tu rajeuni en Rodrigue pour dire au Comte du P. : « A moi comte deux mots.
 
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps ? le sais-tu ?
 
Mais tu n’aimes guère les vieillards au pouvoir, surtout quand par une estrade « ils s’élèvent au-dessus de la foule des manants ».
 
 
            Dans la siglomanie ambiante de notre nation, ta verve trouverait aussi de quoi rosser et te gausser. Le Chevalier M. deviendrait Chevalier du Mérite Agricole et du DDT (Développement Durable Total). La Comtesse de V.-C., - ô l’effet détestable des sigles -, serait la Comtesse des P.M.E. (des Poids, des Mesures et des Etals). Le Chevalier G. aurait de la grandeur en Chevalier des R.E.R. (Routes et Ecuries Royales). Monsieur le Surintendant des Finances a déjà une appellation garantie par l’opposition : le Taliban des Portefeuilles Grandissimes (T.P.G) ; tu le flattes aussi en le dénommant chevalier à la triste figure : Don Quichotte contre les moulins à vent des privilèges fiscaux, je trouve que ça a du panache et même de la gueule – pardon pour l’offense aux bons usages !
 
Puisque l’origine des noms t’inspire (tu transformes en immigré prussien le « Hobereau Kohlhaas »), celle italienne de la nouvelle déléguée aux Sports te donnera matière. Pour ceux et celles que tu as inélégamment, ou momentanément, oubliés, les titres et surnoms d’ancien régime ne manquent pas : Baron et Baronesse, Mademoiselle, Grande Mademoiselle, Duc et Duchesse, sans oublier le délicieux Vicomte, prince en contrepèterie, qui habite à Beaumont. La liste de Leporello dans Don Giovanni apporterait une note accordée à notre sœur jumelle transalpine :
V'han fra queste contadine,Cameriere, cittadine,V'han contesse, baronesse,Marchesine, principesse.
 
Je ne vois pas encore dans le conseil municipal de Madame Sans Gêne, ni dans tes blogueuses ordinaires et extraordinaires. Ce serait une noblesse d’an pire, ne mélangeons pas !
 
 
 
Je terminerai en bonne humeur en citant le poète Paul Vincensini : « Cette année fut vraiment une bonne année à nez. On en trouvait partout : sous les pierres, dans l’herbe, au pied des arbres ».
 
Ainsi en 2009, il sera nécessaire et suffisant qu’on trouve de bons et de bonnes humeurs pour les billets, lettres et chroniques.
 
 
 
 
Ton Candide, en ce jour de Sainte Tatiana.
 
 
P.C.C (Pisse-Copie-Conforme).
Prière de Chercher Polysémie : Petit Candide Chaponois, Pauvre Contribuable Chaponois, Parti des Caméléons Camarades, Pierre Clément C…

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