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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 14:22

 

C’est non sans quelques sanglots dans la voix que mon maître me récita ce matin, presque de mémoire, le discours que prononça André Malraux le 19 décembre 1964 sur la place des grands hommes pour accueillir dans le saint des saints de la République les cendres de Jean Moulin. Il n’avait alors que treize ans à peine et baignait dans une famille aux opinions anti-gaullistes primaires ; cela ne l’a pas empêché de vibrer.

 

Sous les frimas d'un hiver glacial, le Général était là, mais pas au pupitre ; il était pourtant Président de la République ! Il est vrai qu’il ne se préoccupait alors que de l’intérêt et de la grandeur de la France et de son peuple, loin des basses considérations autolâtres et électoralistes d’une réélection qui ne le consacrerait l'année suivante que si son bilan, comme on dit maintenant, ou son action si l’on préfère, trouvait grâce aux yeux des français. Il n’était pas en campagne, lui. L’on sait ce qu’il en advint en 1965.

 

L’époque n’était pas à l’instar d’aujourd’hui à la flatterie des larbins de l’univers médiatique. Point n’était alors besoin d’envoyer des signaux, de matérialiser des symboles, qu’ils soient de parité homme-femme, de religion ou de couleur de peau, pour séduire une communauté journalistique servile mais prompte à tourner sa veste au moindre souffle d’air annonciateur d’un changement de pouvoir. La nécropole de la rue Soufflot n’est pas au service du Président pour lui cirer les pompes ; Aquilino Morelle a déjà, le premier, abusé dans ce domaine.

 

Cette liberté de penser, à l’opposé de la pensée unique que les médias imposent aujourd’hui à l’opinion du vulgum civis, permit au ministre d'Etat, ministre des affaires culturelles de l’époque,  ancien combattant aux côtés des communistes espagnols comme il en témoigne dans « L’espoir » et des révolutionnaires chinois de « La condition humaine », par conséquent peu suspect de déviantes connivences conservatrices,  d’encenser un concept fondamental de notre histoire et de notre culture et de clamer haut et fort, sur les marches du Panthéon : « lorsque la nation est en péril de mort, la nation, […] la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle ; penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe ; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la Nation, […]. C'était certainement proclamer la survie de la France ».

 

Et de conclure de sa voix d’outre tombe : « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… »

 

Les quatre impétrants d’hier au temple laïc de la montagne Sainte Geneviève ont certes mérité la reconnaissance de la patrie telle que gravée au fronton de l’édifice. Auraient-ils pour autant agréé la pantalonnade de l'instrumentalisation de leur mémoire au bénéfice du redressement de l'image dégradée du Président le plus impopulaire de la Vème république ? Le saurons-nous un jour ?

 

                                         

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