Mon maître m’a souvent narré que, dans ses vertes années, ses parents le conduisaient volontiers, lui et ses frères et
sœur, sur les hauteurs de la périphérie lyonnaise, histoire de faire prendre le bon air à des bronches surchargées durant toute la semaine des effluves citadines d’entre Saône et Rhône. Parmi ces
destinations dominicales, il lui souvient d’un charmant
village de l’Ouest de la ville où il faisait bon se promener et, à l’occasion, se délecter d’une grenadine ou d’une menthe à l’eau sous l’ombrage d’un tilleul abritant
la terrasse d’un accueillant estaminet.
Ecully pouvait alors prétendre à la qualification de village, c’était encore un lieu de villégiature calme et aéré où
l’habitat h
orizont al individuel et les espaces verts n’avaient pas
encore été dénaturés et défigurés par la folie constructrice des édiles des années 60/70. Nous étions en effet à l’aube de l’époque où Louis Pradel, successeur d’Edouard H erriot à l’hôtel de ville de L
yon, proclamait urbi et orbi : « ma passion, c’est le béton ! »
Qui traverse Ecully aujourd’hui peut témoigner des dégâts infligés depuis à cette commune devenue, plus qu’une ville, une mégapole. Des voies toutes
pl us encombrées les unes que
les autres par des « gendarmes allongés », des stops ou des
feux tr ic
olores
canalisent une circulation incessante et polluante ; De grandes barres d’habitat vertical, certes parfois de qualité, concentrant une population
sans cesse plus nombreuse obstruent la vue autrefois dégagée sur les alentours ; Est-il besoin en outre d'évoquer l’édification
d’un centre commercial de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés regroupant un hypermarché et deux galeries marchandes de plus de quatre-vingt
boutiques drainant une grande partie de la
population de l’ouest lyonnais et toutes les nuisances y afférentes. Qu’en pensent les écullois qui goûtaient autrefois, sinon le luxe importé plus récemment, l’ordre, la beauté, le calme et la
volupté si chers à Charles Baudelaire dans son invitation au voyage ?
Mais, me direz-vous, que vient faire ici cette diatribe à propos d’une évolution urbaine certes regrettable mais qui concerne les contreforts des Monts d’Or et non ceux des Monts du Lyonnais où niche notre village, unique objet de nos publications ?
Et bien l’idée m’en est venue il y a p eu lorsque mon maître, évoquant à nouveau son
enfance, me confia q
ue lors d’une des
traditionnelles promenades du dimanche à bord de la 404 familiale, son père les conduisit, via Sainte Foy et Francheville, jusqu’à Chaponost pour admirer les vestiges de l’aqueduc qui fait,
encore aujourd’hui, notre fierté. L’association Ecully/Chaponost s’imposa soudain à mon esprit et
me saisit d’effroi !
Prenons garde que nos dirigeants ne se laissent contaminer par la fièvre bâtisseuse toujours propice à imprimer une marque, fut-elle négative,
dans l’histoire d’une commune. Au moment où la presse locale(1) évoque la secrète et prétentieuse ambition de Pierre
Menard de gravir dès l’an prochain les marches
du palais Bourbon, méfions-nous des conséquences que pourrait avoir sur notre village une politique d’urbanisme ostentatoire, voire pharaonique, dictée par le seul souci qu’aurait notre maire de
se forger un destin national bien éloigné de nos préoccupations quotidiennes.
Déjà le ciel chaponois se hérisse de grues, traduisant les premiers symptômes du mal. Les immeubles sortent de terre et l’on nous annonce
l’ouverture prochaine de nouveaux chantiers sur la rue Chappard et d’autres projets de même veine. Le dernier numéro de Chap’Info consacre sa une et trois pages spéciales au projet fou de
restructuration de la place de l’église. L’
on relèvera au passage la profonde malhonnêteté intellectuelle de la présentation qui est faite du projet de médiathèque ; de nos jours, un enfant de 8
ans est capable d’utiliser un logiciel 3D de représentation des volumes qui illustrerait avec exactitude et probité la hauteur réelle de l a médiathèque dans son environ nement ; Or nos élus ont le culot de
présenter un bâtiment guère plus haut
que le rez-de-chaussée de l’office du tourisme ! Ils ne communiquent(2) au demeurant, faisant fi de la surface
développée en hauteur, que sur les 1 300 m² d’emprise au sol et sur un coût de construction so us-estimé à 2,8 millions d’€uros ! De qui se moque-t-on sinon des électeurs ?
Soyons vigilants et prenons garde que notre postulant député-maire ne nous conduise, bon gré mal gré, vers un futur qui ne nous convient pas, trop proche du syndrome d’Ecully !
(1) Devant chez vous - n°72 – novembre 2011 – page 33.
(2) Le Progrès – 24 octobre 2011
Décernée solennellement « au nom de la démocratie » à Pierre Menard pour avoir, au cours des


Scapin se doit de présenter des excuses à ses lecteurs, et surtout aux élus d'opposition municipale, pour une fausse information publiée le 12 novembre dernier, et ce d'autant que
cette méprise était à l'origine d'un coup de gueule fort désagréable pour les personnages ciblés.

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